Psalmanazar

  
 
Georges Psalmanazar
 
Mémoires posthumes
Aux éditions du paréiasaure théromorphe, 22 euros
  
Edition de Dublin, 1765
 

 

Au printemps de 1703, la bonne société anglaise se disputait un Formosan converti, qui débarquait, à Londres, sous la conduite de William Innes, chapelain d'un régiment écossais alors à Sluys, en Hollande. Jeune - vingt ans - encore un peu sauvage de moeurs, mais, disait-on, merveilleux d'entendement, et d'une intense vie spirituelle, ce jeune échappé de l'Ile aux Epices se donnait comme ayant été élevé par les Jésuites. Il n'eût tenu qu'à Psalmanazar - c'était son nom - de faire, comme tant d'autres Orientaux, alors et depuis, une très brillante carrière mondaine.
Psalmanazar avait un maintien modeste, des manières discrètes; il ne surprenait point par un air exotique. Etait-ce le long voyage, le séjour en Hollande? Il avait le teint plutôt blond que brun, rosé que jaune. Il ne mangeait de viandes que crues, et en petite quantité. Il se nourrissait principalement de racines et d'herbes... Le petit Formosan ne cherchait pas à briller, et en fait, ne brillait pas dans la société des femmes. Soixante ans plus tard, il parlera dans ses Mémoires de " l'extrême réserve qu'il observait d'instinct envers les personnes du sexe, aussi bien celles qui n'avaient plus de réputation à perdre quoiqu'elles vécussent dans la splendeur et le crédit de leur rang, que celles qui me faisaient deviner un soin trop fragile de leur honneur. Bien que ce fût contre mon intérêt, je fuyais leur commerce, et ce n'était pas tant vertu de principe, qu'affectation de vertu ", car, dit-il plus loin : " j'étais par nature fort porté vers les femmes ". On verra que cette " affectation de vertu " fut éphémère.
Autre vestige de barbarie : il ne buvait point! Pendant ses premières années dans le beau monde, on ne le vit jamais ivre.
Il sait admirablement le latin, appris dans les collèges de Jésuites auxquels, dit-il, il a échappé. De beaux esprits le poussent à la controverse. Ce foutriquet s'y révèle un maître. Pour la plus grande gloire de l'Eglise d'Angleterre à laquelle il a voué désormais sa vie, il réfute avec un égal succès la transsubstantiation des papistes et la consubstantiation des luthériens. Quant à la prédestination des calvinistes, il n'en fait qu'une bouchée, tout en soupant, entre le raifort et le poulet cru arrosés de tisanes d'herbes! On dirait que son paganisme natif lui a laissé un bon sens tout neuf, une conscience infaillible, celle de l'homme de la nature. Aussi les déistes et même les esprits forts libertins ou athées oublient-ils sa bigoterie de néophyte pour s'émerveiller de cette force d'intelligence, de cette droiture de coeur qui sont évidemment l'apanage du primitif. Formose était alors le triple inconnu. Qui sait quelle sagesse s'était conservée en ses temples, condensée chez ce jeune inspiré, par dessous les moeurs de la sauvagerie, pour venir, disaient les uns, s'épanouir, et, les autres, s'enliser, dans les civilisations et les religions d'Occident?
William Innes l'avait trouvé soldat dans un régiment mecklembourgeois, sans autre état-civil que " Psalmanazar, Japonais et païen ". Il étonnait ses officiers et leurs amis par un merveilleux talent de casuiste. Le chapelain, flairant une imposture - dont il pourrait profiter lui-même, - avait fait traduire au soi-disant Japonais plusieurs passages de Cicéron en ce qu'il disait être sa langue maternelle, conservé les copies, et, à différentes dates, obtenu des versions différentes. Psalmanazar, pris au piège avait fait à Innes des confidences sur son passé, confidences qui n'étaient peut-être pas entièrement mensongères, puisque soixante-deux ans plus tard, repentant, honoré, couvert par l'amitié du fameux Samuel Johnson, il les reproduisait dans ses Mémoires, à la fin d'une très respectable vieillesse. En bref il était probablement un de ces religieux dévoyés comme l'abbé Prévost et tant d'autres, qui, dévoré de prurits littéraires, ou mondains, devenaient précepteurs ambulants, succombaient à d'autres prurits et finissaient le plus souvent dans la pègre écrivassière. Après la classique intrigue avec la mère d'un élève, Psalmanazar, probablement rejeté par son ordre, avait donné libre cours à ce qu'il considérait dans sa vieillesse comme une maladie mentale, celle de la notoriété par la simulation. A peine sortait-il alors de l'adolescence. Sous des haillons de clerc mendiant, se donnant pour un Irlandais persécuté pour sa foi catholique, il était parti de Provence vers l'Allemagne. Miteux, calamiteux, couvert de vermine, il était si dégoûtant en arrivant aux Pays-Bas que même " les procureuses déguisées en béguines " qui, dit-il, ramassent les jeunes hommes pour les " brocanter ", n'avaient pas voulu de sa virile jeunesse. C'est alors qu'atteignant Liège, il s'était enrôlé d'abord dans un régiment hollandais, puis, après un stage, comme gargotier dans les troupes de l'Electeur de Cologne, et de là dans celles du duc de Mecklembourg. Fort des notions sur l'Extrême-Orient que des missionnaires jésuites revenant du Japon lui avaient données, il avait " marché sur le Christ ". Puisque l'Irlande chrétienne ne faisant pas vivre son homme, il s'était " mis Japonais et païen ".
William Innes le persuada facilement de troquer le Japon, trop connu même alors pour une patrie plus ignorée... Formose par exemple, qui était pour les Anglais de ce temps-là bien plus mystérieuse que le centre de l'Afrique, avant Livingstone, ne le fut pour nos arrière-grands-pères.
Beaucoup avaient entendu parler de l'Ile Fortunée dont l'odeur d'épices, de santal, et de vanille parfume au loin les mers. Seuls, quelques Hollandais y trafiquaient, cantonnés sur la côte. Et qui donc avait lu les brèves et vagues relations de Varenius et de Candidius? Nous ne " réalisons " plus, comme on dit, la puissance d'évocation du mot " épicerie ". Pour les Européens du temps de Psalmanazar, il n'avait rien perdu encore de sa vertu d'origine.
Or une des grandes surprises de l'humanité, à mesure qu'elle découvrait des terres insoupçonnées, mères d' "épiceries " ou de " cafés " ou de " tabagies", ce fut de se trouver cependant en tous lieux reconnaissante, et à peu près partout physiquement semblable à elle-même. Nous ne sommes pas encore bien revenus de ce choc. Pendant des siècles les parties inexplorées de l'univers étaient tenues pour peuplées de monstres, l'oeil au milieu du front ou les jambes greffées à l'omoplate... C'est ainsi que Psalmanazar se faisait remarquer en ressemblant à tout le monde par la forme de son corps, et à personne par l'usage qu'il en faisait. Car enfin, se nourrir d'herbes ou de racines, ne pas boire de punch ni de vin, ne pas aimer les femmes, fuir les ripailles, n'être ni rougeaud ni goutteux, même à vingt ans, était-ce là le fait d'un homme pourtant bâti comme les autres?
Une autre singularité du jeune Psalmanazar était la transparence et la candeur de ses émotions. Il rougissait comme une petite fille. Son regard flambait souvent, mais ce n'était pas de convoitise. C'est seulement au cours des controverses qu'il s'illuminait. Mais il ne pouvait discuter, ignorant encore l'anglais, qu'avec des latinistes.
Son latin, qu'il prononçait naturellement à la franque - n'était-il pas élève des missionnaires jésuites? - sonnait parfois en fanfare. On lui attribuait des aventures extraordinaires, sur lesquelles il n'aimait pas d'abord à s'expliquer. Fils de prince, disait-on ou de grand personnage de son pays, il aurait été enlevé par de sombres intrigants, papistes, il va sans dire; amené en Europe, abandonné, il avait dû vivre deux ans une vie errante, mendiante, avec les publicains, les femmes de mauvaise vie, fraterniser comme son divin maître avec les plus pauvres d'entre les pauvres, souffrir avec eux, éblouissant toutefois les doctes qu'il rencontrait par la sagesse et la science de ses propos. Il avait fini par échouer, soldat de fortune, et toujours païen, dans un régiment écossais cantonné à l'Ecluse, en Hollande. C'est là que la grâce l'avait touché et qu'un chapelain anglican l'avait converti.
Son origine, ses malheurs, sa jeunesse suffisaient bien à expliquer cette tendresse superficielle et cette souplesse de fibre qui surprenait les solides contemporains de Daniel Defoë. Ce petit personnage faisait figure d'ami de l'humanité, juste au moment et précisément dans les milieux où l'âpre Swift venait de gagner audience.
Nous ne sommes pas si loin que l'on croit de l'histoire de Psalmanazar. Daniel Defoë avait soixante ans quand il écrivit Robinson Crusoé. Mais depuis l'âge de vingt-cinq ans, il fabriquait, sous forme de pamphlets et de récits, des supercheries criantes de vérité, qui de nos jours, s'appelleraient fiction politique, religieuse, ou roman d'actualité. Toute sa vie, il avait été l'un des nombreux imposteurs " à la Psalmanazar ", pittoresques ancêtres d'un genre littéraire qui, depuis lors, a conquis le monde. La vérité, c'est que pendant tout le XVIIè siècle anglais - et pendant une partie du XVIIIè - , il y eut des écoles, des officines, de véritables ateliers clandestins de faux voyages, de fausses aventures, de faux pirates, de fausses découvertes, de faux naufrages.
Comme tous les " arts et métiers ", celui-ci gardait autant que possible le secret de ses procédés, et les mystères de la supercherie que les Anglais appellent la fabrication littéraire se transmettaient de maître à disciple à travers toute l'Europe. Les Pays-Bas étaient un centre de cette industrie. Les échanges étaient particulièrement actifs avec Londres. La très curieuse vie d'Aphra Behn en témoigne. La foule lisante, assoiffée de vérité, de bon sens, d'événements réels, conquise à la raison contre la folie, au fait contre la fiction, se ruait sur cette pâture, sans soupçonner qu'elle était plus fabuleuse que les fables. Ce n'est pas la première, ce ne sera pas la dernière de ces revanches de l'imagination proscrite. Etranges retours de l'esprit qui ne demande qu'à se séduire!
Le coup de génie de Psalmanazar fut non seulement d'écrire son imposture, mais de la vivre, avec persévérance, sans jamais se couper, au prix d'un travail acharné, en dépit des risques que ses bizarreries voulues pouvaient faire courir à sa santé même. Lui-même, dans ses Mémoires, nous dit : " ... je m'étais donné pour maxime et règle, et l'on ne put m'en faire départir, de ne jamais modifier, rectifier ou démentir ce que j'avais une fois affirmé en conversation, fût-ce invraisemblable, voire absurde, fût-ce seulement devant un tout petit nombre de personnes. Par exemple, ayant une fois par inadvertance donné verbalement le nombre de 18.000 comme étant celui des enfants sacrifiés annuellement "à Formose, je ne voulus jamais me résoudre à en rien rabattre bien qu'il fût évident que la population d'une île de cette dimension eût été menacée de rapide extinction si elle avait perdu chaque année un tel nombre d'enfants mâles, à supposer que les habitants fussent assez stupides pour accepter, et les prêtres assez cruels pour exiger de pareils sacrifices. "
A peine était-il à Londres depuis deux mois qu'il fut chargé de traduire le catéchisme anglican en langue formosane. Au bout de l'année, il avait commission d'écrire un gros ouvrage sur Formose. Non qu'il manquât de contradicteurs. Le père Fontaney, missionnaire jésuite en Chine, qui se trouvait alors à Londres l'accusa d'imposture .
Une rencontre publique fut arrangée devant l'auguste Société Royale des Sciences. Psalmanazar se tira d'affaire avec les honneurs de la journée. Son livre parut en 1704 sous le titre : Récit des voyages à travers l'Europe de Monsieur George Psalmanazar, indigène de l'île de Formose, avec les raisons de sa conversion à la religion chrétienne. Cet ouvrage suffirait à lui mériter l'immortalité. C'est le chef-d'oeuvre de l'imposture, si l'on tient à nommer imposture le genre d'ouvrages qui bientôt allait immortaliser Defoë. Une première partie relate la jeunesse de Psalmanazar à Formose ; son départ clandestin pour un voyage en Europe avec le pseudo-Japonais qui avait été son précepteur ; sa surprise en arrivant à Avignon par Gibraltar, Marseille et Aix, quand il tomba dans le couvent-école de missionnaires jésuites d'où son faux Japonais de précepteur était issu; son refus de devenir catholique, les discussions qu'il soutint (" Je leur " montrais de bien plus grandes absurdités dans leur " religion qu'ils n'en pouvaient trouver dans la mienne "); les persécutions qu'il endura, puis, quand l'inquisiteur fut saisi de son cas, la fuite par Lyon, Salins, Brisach; son enrôlement forcé dans les troupes de l'Electeur, et volontaire, dans le régiment de Mecklembourg ; ses discussions avec des pasteurs luthériens et calvinistes qui veulent le convertir et ne sont pas plus heureux que les Jésuites (" Vous nous " reprochez de sacrifier nos enfants à nos dieux; le " vôtre n'est-il pas plus cruel qui les prédestine même " avant leur naissance aux supplices éternels de l'enfer? "); enfin, sa rencontre avec Innes, qui lui propose avec succès son christianisme de compromis, dépouillé de la transsubstantiation romaine, de la consubstantiation luthérienne et de la prédestination calviniste.
Ces premières pages sont écrites avec une sobriété, une candeur, une dignité de ton qui emportent respect et créance. La seconde partie, évidemment destinée aux pieux patrons du mystificateur, renferme l'exposé des raisons qui ont amené Psalmanazar au christianisme anglican. Ce petit traité en deux séries de définitions, axiomes, postulats, propositions, cinq arguments principaux et vingt-cinq objections avec réponses, serait aujourd'hui parfaitement illisible si l'on n'y trouvait une verdeur de raison raisonnante qui, bien qu'employée au service de la foi, sent un peu le fagot. Il semble bien, d'ailleurs, que toute cette partie ne soit pas de la plume de Psalmanazar, mais de celle d'Innes. En effet, dans ses Mémoires (publiés seulement après sa mort), Psalmanazar nous raconte ceci : " A mon arrivée en Angleterre, le Dr Innes, fier de son prétendu prosélyte, m'avait présenté aux plus savants théologiens et prêtres de sa connaissance, afin qu'ils m'entendissent exposer les raisons de ma conversion. Et j'étais, à cette époque, si versé dans ces matières, plutôt grâce à mes lectures qu'aux instructions d'Innes, que bien peu de jeunes gens de mon âge auraient pu, je crois, être d'aussi éloquents avocats de la religion chrétienne... en dépit des années que j'avais gaspillées. Tout ceci me valait des compliments et marques d'estime de la part de ceux qui m'entendaient ou qui avaient lu ces arguments dans l'ouvrage fictif mentionné plus haut. A la vérité, j'avais principalement extrait de Limborch et de quelques autres théologiens - sans l'aide du Dr Innes, et même à son insu - la théorie de la religion et l'apologie du christianisme que j'exposais. Par contre, tout ce qui suivait touchant le gouvernement de l'Eglise provenait d'Innes; la différence de méthode et de style se reconnaît aisément.
Quoi qu'il en soit, après ces conversations, mon docteur ne manquait pas, pour stimuler encore mon orgueil, de me rapporter les commentaires élogieux de ces théologiens qui, exagérés ou non par ses soins, me donnèrent une si haute idée de mes capacités que j'étais fier de me produire en public en toute occasion, sans autre motif que de nourrir ma vanité naturelle, tandis qu'Innes, de son côté, poursuivait un bien plus tangible : l'avancement de sa carrière.
II n'y avait pas deux mois que j'étais à Londres lorsque le Dr Innes me persuada de traduire le catéchisme en mon prétendu formosan. Et, bien contre mon gré, je fus forcé, par son ordre absolu, non seulement d'accomplir cet odieux travail, mais encore d'en faire hommage à l'évêque de Londres qui le reçut et le récompensa avec sa franche générosité ordinaire et le plaça parmi ses manuscrits remarquables, alors qu'il aurait plutôt mérité d'être jeté au feu. Mais le Dr Innes avait ses vues, tout d'abord celle de bien m'établir dans la faveur du digne prélat et de toutes autres personnes qui pourraient entendre parler de cela ; et aussi de m'obliger à me familiariser par la pratique avec ce prétendu alphabet et langage formosan que j'inventais, de crainte que ma supercherie ne vînt à être connue avant qu'il eût reçu son avancement. Quand j'eus terminé cette traduction, non seulement il l'examina lui-même, mais il la fit examiner par d'autres personnes qui trouvèrent cet idiome si régulier et si grammatical, quoique différent de tous ceux qu'ils connaissaient, qu'à leurs yeux, ce ne pouvait être qu'une langue véritable, et non une supercherie, moins encore une supercherie qu'aurait inventée un adolescent comme moi.
Ayant vu que j'avais si bien réussi avec ce vil morceau d'invention, le docteur me persuada bientôt après d'écrire l'histoire de Formose... On aurait pu croire qu'une tâche aussi ardue et dangereuse eût dû rebuter un jeune homme d'à peine vingt ans, totalement étranger à ces pays d'Orient. J'avais bien quelques vagues notions puisées dans les livres qui m'étaient tombés sous la main ou dans des conversations..., mais j'étais obligé de les supplémenter avec beaucoup de choses que je tirais uniquement de ma fertile imagination. Un grand secours et un grand soulagement me vinrent du fait que les récits sur Formose du ministre hollandais Candidus et des auteurs qui l'avaient plus ou moins copié, étaient pleins de monstrueuses absurdités et contradictions, et du fait que Formose était bien peu connue, même des voyageurs qui avaient parcouru Chine et Japon; en somme, il m'était facile de faire passer tout ce que je voudrais en dire, tout au moins auprès du gros public. Aussi me décidai-je sans beaucoup d'hésitation à entreprendre le travail, et à donner une description de Formose aussi nouvelle et surprenante que possible, aussi en désaccord que possible avec les relations des voyageurs, par exemple en affirmant que Formose appartenait au Japon, alors qu'ils assuraient qu'elle était à la Chine.
II me fallut donc extraire tout cela de ma cervelle, sans autre assistance que la description du Japon de Varenius, que le Dr Innes m'avait mise entre les mains. Et tout cela en grande hâte, puisque Innes et les libraires me pressaient d'achever le travail tandis que la Ville l'attendait avec une impatiente curiosité. A peine me donnait-on deux mois pour en venir à bout, malgré toutes les visites et les invitations dont j'étais assiégé. Il n'est donc pas étonnant que le résultat soit aussi imparfait, aussi fruste, aussi absurde; et il l'aurait été davantage encore si la personne qui mettait en anglais ce que j'écrivais en latin ne m'avait pas aidé à corriger diverses invraisemblances et contradictions qui m'avaient échappé. Mais lui-même était impitoyablement pressé par les libraires et n'avait pas toujours le temps de me consulter...
La description de Formose appartient donc à la littérature alimentaire. Elle en serait un modèle si l'on n'y rencontrait un scrupule, une conscience dans le mensonge qui la fait, par endroits, aussi véridiquement assommante qu'un vrai mémoire de voyageur savant.
Jamais on n'avait vu pareille débauche de précision dans la fraude. Psalmanazar avait vraiment le génie de l'invention vivante à force d'être compliquée. Décrit-il le Temple principal de Formose ? Il en donne les plans avec lettres ou chiffres de renvoi au texte. Le Tabernacle ? Autre dessin en vingt-cinq pièces, où rien n'est oublié, pas même le gril ou le Grand Sacrificateur rôtit les coeurs d'enfants. Les mois de l'année, les jours de la semaine, les heures du jour, s'inscrivent avec leurs noms prétendus dans le calendrier formosan. Fêtes, jeûnes, mariages, maisons bourgeoises, maisons de paysans, costumes de toutes les classes, funérailles, processions, poids, mesures, monnaies, végétaux, animaux, navires, transports, armes, instruments de musique, tout est décrit en détail par chapitres distincts, et représenté par de nombreuses vignettes et graphiques, évalué, compté, traduit en quantités ou qualités correspondantes pour l'intelligence du lecteur européen.
Refaites les calculs, vous les trouvez exacts, et les statistiques irréprochables. Une page encartée reproduit l'alphabet. La grammaire et la syntaxe sont expliquées laborieusement. II n'y a pas de cas; les Formosans ont le singulier et le pluriel, mais pas le duel. Exemple : Oï banajo, hic homo; os banajos, hic homines. Les désinences des temps simples sont représentées par des inflexions de voix. Par exemple, les Formosans prononcent le présent sans élever ou abaisser le ton, le passé défini en montant d'un intervalle, le futur en baissant, mais le plus- que-parfait est formé avec des auxiliaires inaccentués. Suit une kyrielle d'exemples, avec correspondances latines, et la traduction en formosan du Notre Père, du Symbole des Apôtres et des Dix Commandements. Plus heureux que maint auteur de lexique ou de cryptogramme, Psalmanazar ne se " coupe " pas. Il y avait en lui un précurseur de l'espéranto et un chef en herbe des services du Chiffre.
Certains maniaques fabriquent des indicateurs de chemins de fer où, signe infaillible de fantaisie, tous les trains correspondent, à travers des continents entiers. Mais aucun ne part ni n'arrive, car les villes desservies n'existent pas. Psalmanazar était de cette école. Un maître de la critique anglaise, M. Squire, appelle son livre un Bradshaw à l'envers, et signale que cet ouvrage, plein de renseignements, mais tous faux, est très précis, sauf qu'il n'a ni sujet ni objet. Mais c'est pour cette raison que la gravité laborieuse de Psalmanazar touche par endroits à la poésie. On parle beaucoup aujourd'hui de la " gratuité " de toute passion, de la "pureté lyrique ", du mal et du bien "en soi", et la "transcendance" de l'inspiration est la vraie marque du vrai génie. A ce compte, Psalmanazar est le plus grand artiste qu'aient enfanté la géographie et la sociologie. Il a compilé sa propre imagination, décrit pour décrire, fait de l'art pour l'art. Formose est le Paradis perdu des auteurs de guides, le "Joanne en soi ", le " Murray transcendant ".
Par erreur, par ignorance ou parce qu'il s'était dit lui-même Japonais, Psalmanazar avait attribué Formose au Japon. Commerçants, voyageurs, missionnaires, eurent beau déclarer que Formose était aux Chinois, Psalmanazar, fin psychologue, comprit que s'il se dédisait, il était perdu, et, fidèle à sa maxime, maintint mordicus son opinion. Grâce aux ressources d'une dialectique endiablée, il mit en contradiction ses contradicteurs, attribuant aux marchands hollandais des arrière-pensées de lucre, aux Jésuites des rancunes religieuses, et, tapant sans vergogne sur les rivaux de l'Angleterre, il eut un temps raison, aux yeux des Anglais, même contre les faits, les précédents et les témoignages.
Au travers de son fatras, le malin Psalmanazar ne manquait pas d'ailleurs de jeter des traits hardis d'actualité. Le Roi ne gouverne à Formose que sur les conseils et sous le contrôle des " Représentants du Peuple " (le mot y est) élus par les cités et les bourgs. Il assure avant tout la " liberté de conscience " de ses sujets. Et voilà qui devait réjouir le coeur des Anglais, des Hollandais parlementaires, en guerre avec Louis XIV. Mais si toutes les religions sont permises, une seule est honorée : celle du Roi, et une seule rigoureusement privée de tout exercice public, savoir : le christianisme, parce que les Jésuites en ont fait naguère un instrument de pénétration et de domination politique. Notez que les Pères Jésuites avaient été les premiers, au XVIè et au XVIIè siècles, à propager d'Amérique ou d'Asie en Europe l'idée du bon Sauvage, de l'âge d'or en Arcadie, de la pureté sans morale, de la piété sans religion, de l'ordre sans lois, qui, plus tard, devait refleurir avec Rousseau. Et ce transfuge de leur ordre applaudissait maintenant, pour la plus grande joie des mécréants, déistes et philosophes, aux sauvages persécutions dont ses anciens maîtres n'étaient que trop réellement l'objet, au Japon comme en Chine... Il y a de ces retours dans l'histoire des idées.
D'ailleurs, ses Formosans, avec toutes leurs vertus, n'en étaient pas moins des bêtes féroces. Leur grand prophète, Psalmanazar, dont l'auteur de la Description portait le nom sacré (en formosan, le Pacifique, le Conciliateur), avait été envoyé par Dieu sur la terre afin de prêcher la concorde universelle. Dieu lui-même ne reparaîtrait périodiquement, pour assurer son règne, qu'après des holocaustes d'enfants. Dix-huit mille coeurs de jeunes Formosans âgés de moins de neuf ans étaient donc brûlés, de cycle en cycle rituel, sur les autels de la Divinité. Ainsi se traduisait l'esprit formosan de Locarno... Le grand Sacrificateur ne chômait point, et la principale fonction du Grand Prêtre était de choisir en chaque famille les victimes désignées. Elles allaient d'ailleurs en chantant vers le Tabernacle. Pour le reste de la jeunesse, une éducation soignée était prévue, dont le principal trait était l'obligation d'apprendre un métier - comme, plus tard, dans Emile. Point de mendiants, point de pauvres. Les travailleurs devenus vieux étaient nourris, logés dans de riantes maisons aux frais de l'Etat. L'enseignement... technique conduisait aux retraites ouvrières... En regardant bien, on découvrait aussi dans l'Utopie de M. Psalmanazar des pointes contre les généraux bien pensants, les vainqueurs dangereux, redoutables pour leur Reine autant que pour son peuple, pointes auxquelles la destinée de Marlborough, alors interrompue, pouvait n'être pas étrangère... Bref, chacun avait son compte, qui n'était pas du parti régnant.
Aussi, pendant quatre ou cinq ans, tout sembla réussir au couple de renards qui chassaient dans la broussaille britannique et anglicane d'alors.
La première édition fut vendue en peu de temps ", nous confie Psalmanazar dans ses Mémoires posthumes, et une seconde dut être préparée, avec quelques modifications et précisions, choisies pour exciter encore la curiosité du public et favoriser la " vente en favorisant la rapacité du libraire; car, pour moi, je n'eus que 10 guinées pour la première édition, et 12 pour les modifications de la seconde, outre les présents que je reçus de quelques personnalités généreuses à qui j'en avais fait hommage.
William Innes faisait son chemin à l'Evêché. Psalrnanazar fut alors envoyé, aux frais de l'évêque de Londres, à Oxford, dans l'un des grands collèges (Christ Church?), pour continuer ses études, donner des conférences; il y resta environ six mois, sans beaucoup travailler, assure-t-il, malgré les admirables possibilités offertes. Il y prépara sa seconde préface, donnant toutes ses heures de loisir à la musique, sa vieille passion. Les mathématiques le rebutent, dit-il, lui paraissant trop évidentes pour nécessiter démonstration. L'histoire ancienne lui semble plongée dans une nuit trop impénétrable. Rentré tous les soirs à 9 heures dans sa chambre, il allumait sa chandelle et la laissait brûler une bonne partie de la nuit pour faire croire à ses voisins qu'il se donnait tout entier à l'étude. Souvent, il dormait dans son fauteuil, laissant à dessein son lit intact toute une semaine, pour provoquer l'étonnement. Son goût de la simulation le porta jusqu'à se plaindre d'une enflure des jambes et d'une goutte imaginaires, ce qui excitait l'affectueuse pitié de ses compagnons, qui le pressaient de se ménager davantage...
Quand il revint à Londres, au logis modeste de Pall Mall qu'il avait partagé avec Innes, il apprit que celui-ci venait d'être nommé Chapelain général des troupes britanniques au Portugal et avait rejoint son nouveau poste, sans plus se soucier de son prosélyte. Psalmanazar ne le regretta guère, car Innes semble avoir eu à Londres une conduite déplorable. Des amis lui reprochaient même de donner un si fâcheux exemple à un nouveau converti. La vérité, dit Psalmanazar, est qu'il avait un penchant presque insurmontable pour la boisson et pour les femmes, et quand il était sous l'empire de la première, il se jetait sur les secondes, filles ou femmes, ne se faisant " même pas scrupule d'user de violence... "
Pourtant, cette désertion fut nuisible à Psalmanazar, qui parlait encore mal l'anglais et ignorait les détours de la cité cléricale où résidait son appui. Peu à peu, le vent tourna, vint debout. Les pamphlets périodiques, d'où sont nés revues et journaux, se mirent à le cribler de méchants brocards.
Alors, notre homme perdit la tête, ou revint à ses instincts. Il avoue, dans ses Mémoires, que, s'étant retiré de la vie publique pendant une dizaine d'années , il se jeta dans la débauche. Encore, ses basses amours eussent-elle été plus vulgaires et plus fréquentes s'il n'avait dû compter, dit-il, avec une foncière défiance de ses moyens et une crainte maladive d'être repoussé . Ce trait, après d'autres, complète une physionomie qu'il n'est pas besoin d'être freudien pour imaginer : impuissance compensée par le verbe, attrait irrésistible du faux, sentiment d'infériorité courant vers une folle notoriété, peut-être fanfaronnade rétrospective de vice, et, avec toute cela, probablement, comme la suite va le démontrer, toutes sortes de vertus sociales.
Georges Psalmanazar fut, à cette époque, un valet de plume, crapuleux et misérable, écrivant entre souillons et bouteilles des réclames pour des aigrefins... Un certain Pattenden lui fit lancer une peinture laquée au " blanc de Formose " qui n'était que du blanc de céruse. Fiasco, d'ailleurs, que cette entreprise. Puis, il redevint précepteur et fut ensuite commis aux vivres dans un régiment de dragons employé contre les Jacobites lors de la grande rébellion de 1715. Le colonel l'appelait : " Sir Georges " et faisait semblant de croire que la Reine Anne l'avait fait chevalier. Il y passa deux ans, et ce fut le bon temps. Il était en grande faveur, tant auprès des officiers que du beau sexe. Mais le régiment retourna en Irlande, et Psalmanazar dut chercher d'autres moyens d'existence. Il essaya de la peinture sur éventails, puis revint à la théologie où il excellait. Il vécut une année d'une souscription qu'un brave clergyman fit circuler en sa faveur; cela lui donna 20 à 30 livres, qu'il compléta avec des leçons particulières. Ce temps de répit lui servit à apprendre à fond l'hébreu. Il prépara alors une nouvelle édition des Psaumes, en hébreu, avec, en regard, la version latine de Leusden, " et des notes critiques pour l'usage des érudits ". Son imprimeur Palmer étant mort avant de finir, une Histoire de l'Imprimerie, " Sir George ", à qui tout était bon, la termina, aux frais du comte de Pembroke (le même comte de Pembroke qui, vingt-huit ans plus tôt, avait décelé l'imposture formosane parce que Psalmanazar prétendait qu'on enseignait le grec à Formose comme langue savante). Psalmanazar, qui, en somme, était depuis des années empoisonné par la nécessité toujours
renouvelée de confirmer ses inventions et de jouer son personnage, va convenir désormais qu'il a été un mystificateur. Vers 1730, il passe au service de l'auteur d'une Histoire universelle en vingt volumes, et le faux Jaune, devenu " nègre ", écrit anonymement l'histoire des Juifs, puis celle des Scythes, des Celtes, celle des Empires de Nicée et de Trébizonde, de l'ancienne Espagne, des Gaulois, des Germains, de Thèbes, de Corinthe, et que sais-je encore? Psalmanazar fait, dans ses Mémoires, une pertinente critique de ce grand ouvrage et de ses imperfections, dues à la méthode de répartition du travail adoptée. Il y a là quelques observations qui pourraient encore être utiles aux modernes faiseurs d'Encyclopédies.
Ensuite, Psalmanazar, dont la ponctualité et l'extraordinaire capacité de travail ont été appréciées, est invité à collaborer à l'espèce d'Encyclopédie Géographique, connue sous le nom de Nouveau Système de Géographie. Il y a contribué pour : l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la Moscovie d'Europe et d'Asie, la Turquie d'Asie, tout l'Extrême-Orient, sans oublier Formose, dans la description de laquelle il prit soin de confesser que " la description de Formose par un " certain Psalmanazar était inventée de toutes pièces, " sauf les parties empruntées à Candidus, qui, d'ailleurs, ne sont guère plus dignes de foi " ; l'Afrique du Nord, y compris " le célèbre fleuve Sanaga ", l'Amérique du Sud, le Canada, la Louisiane, les Bahamas et les Bermudes... Malheureusement, nous apprend-il dans ses Mémoires, les cartes étaient choisies par les imprimeurs, pour leur commodité, " et les auteurs devaient s'y conformer, pour imparfaites et inexactes qu'elles fussent ".
La fin du personnage le gâte un peu. Mais ce n'est qu'au théâtre et dans la tragédie que les caractères ont le droit et le devoir d'être conséquents. Longtemps avant de mourir, George était redevenu " M. Psalmanazar ", ayant tout répudié de son imposture, sauf la résolution de garder secrets son véritable nom et son origine. Dans son quartier de la Cité, il passait presque pour un saint, tant il était charitable, pieux et bienveillant. Que la mode avait changé, depuis le temps où, quarante ou cinquante ans plus tôt, les matelots, catins et pirates de Daniel Defoë tenaient le haut du pavé! Richardson et ses romans de piété bourgeoise, Wesley et le Méthodisme, Rousseau et la sensibilité, avaient ensemble bouleversé la carte morale du monde. Psalmanazar n'aurait pas été Psalmanazar s'il n'avait, sur ce nouvel atlas, retrouvé Formose, l'éternelle Utopie. L'Avignonnais illusionniste, le cigalier d'antan, félibre avant la lettre, explorateur en chambre, finit sous l'édifiant aspect d'un prophète de chapelle. Dans les tavernes closes, cernées de brouillard, bourrées de fumée, le fameux docteur Samuel Johnson régnait sans rival sur une génération mafflue et bien pensante. Or, que disait cet oracle? "L'homme que je rencontrais le plus volontiers, dit-il à Boswell, était George Psalmanazar. J'allais le " chercher, et nous passions le temps dans une taverne de la Cité. " Boswell dit encore que Johnson ne se permettait jamais de contredire " M. Psalmanazar ". Je n'y aurais pas plus pensé, ajoute-t-il, qu'à contredire un Evêque. Le mot très sincère, peint l'homme. Il révèle aussi le personnage que Psalmanazar était devenu, peut-être par un suprême effort de simulation, peut-être par un dernier effet de mimétisme spontané, peut-être par un retour à sa vraie nature, maintenant qu'il était délivré de la crainte de mourir de faim. Dans ses Anecdotes, Mrs Piozzi, citée par Boswell, raconte qu'elle demanda un jour à Johnson " qui était l'homme le meilleur qu'il eût jamais rencontré ? " Elle tomba de son haut quand elle l'entendit répondre : " Psalmanazar ". Quoique " Français, ajouta Johnson, il savait mieux l'anglais " qu'aucun étranger dont j'aie jamais approché. " Et ailleurs : " La piété, le repentir et la vertu de " George Psalmanazar étaient au-dessus de tout ce qu'on rapporte dans les Vies des Saints. "
Commencer par l'apostasie et finir dans l'hagiographie, passer de Formose au Panthéon sous l'estampille de Johnson, chef du Bureau Veritas pour l'Angleterre intellectuelle!... Le meilleur roman de Psalmanazar, ancêtre, avant Defoë, des romanciers d'Atlantides, n'est-ce pas, pour lui comme pour Defoë, l'histoire de sa vie? Si Paul Dottin n'avait déjà ressuscité l'incroyable vie de l'auteur de Robinson, on serait tenté de recommander celle de Psalmanazar à quiconque cherche dans la vérité les origines de la fiction, et réciproquement.
En 1763, âgé de plus de quatre-vingt-cinq ans, M. Psalmanazar mourut en odeur de sainteté parmi les gens de lettres et les bourgeois de la Cité de Londres. Il reniait par testament sa scandaleuse et fabuleuse Description de Formose. Il léguait à la postérité ses Mémoires en 90 pages grand in-8°. Ceux-ci furent publiés en 1764 par les soins de Johnson, qui, dit-on, ne dédaigna pas de les récrire partiellement. Il demandait, par repentance, à être inhumé dans le coin le plus obscur de la fosse commune, sans même un cercueil pour contenir ses restes. On retrouve ici l'ostentatoire humilité de cette curieuse physionomie qui chercha la notoriété jusque dans la déchéance. Au reste, il n'oublia point d'instituer pour légataire universelle, l'humble amie, Sarah Rewalling, qui vivait avec lui.
Ainsi finit Psalmanazar. Pendant deux ou trois générations, il avait joui d'une célébrité quasi glozélienne. Il faut aujourd'hui repêcher son faux nom dans un océan d'oubli, et, si j'en juge par mes infructueuses tentatives, renoncer à connaître le vrai. A peine, en France, a-t-il été parlé de lui depuis le temps où une traduction de son livre, faite en Hollande en 1710, dans un but de polémique religieuse, provoqua de méprisants commentaires. Ce n'est pas même en Avignon qu'il est aujourd'hui ressuscité, ni dans l'eau du Rhône qu'il sera rebaptisé, puisque la Provence l'ignore. Ceux qui l'ont démasqué demeurent plus obscurs encore. Décidément, l'inscription dans la Vie des Saints, même laïques, ne confère pas plus l'immortalité aux imposteurs qu'à leurs adversaires. Je veux dire, quand ceux-ci ne sont pas d'avance " immortels ". Et j'en reviens à mon fait : savoir que la plus sûre renommée pour les " fabricants " d'histoire est encore d'avoir été des romanciers.

Abel Chevalley. Gallimard, Histoires extraordinaires, 1936. Publié à la fin du volume : La bête du Gévaudan. (Extraits)

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Texte d'Augustin Thierry sur Psalmanazar

Autres sites sur Psalmanazar:

The Strange Case of George Psalamanazar

Museum of hoaxes 

Jack Lynch


 

 

Dernière modification : novembre 2002